Jean-Marie Torque

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Pourquoi avoir choisi le papier ?

Peut-être parce que c’est le support naturel de l’écriture, du dessin des lettres, très partagé, qui s’enrichit de la personnalité de l’auteur au fur et à mesure qu’il pratique. On ne dit pas des personnes qui ont une belle écriture qu’elles ont une sensibilité artistique mais on le pourrait, en orient c’est différent.

Le papier est aussi le premier support que l’on autorise à l’enfant pour peindre, barbouiller, celui qu’on lui impose quand on lui interdit de pratiquer sur les murs de sa chambre, celui qui lui vaut les premiers compliments encourageants de la petite enfance.

C’est le support que les architectes emploient pour faire leur plans, j’ai fait ces études.

Le lieu d’expérimentations que l’on peut facilement détruire.

Le support dont on dispose facilement. En diverses qualités, textures.

Peut-être parce que ce support sans épaisseur, voile (non tissé !) blanc immatériel parle à mon imaginaire.

La trace que l’on y inscrit est dans l’espace, hors du monde.

Le trait plonge dans le vide et non vers le support traditionnel identifiable du champ artistique qu’est la toile. Faites n’importe quoi sur une toile, à défaut d’être une grande œuvre ce sera toujours une toile pour la plus part des personnes ; cependant ceux qui veulent affirmer l’usage non-artistique qui en a été fait nieront son nom n’évoquant que sa surface peinte : c’est une croute. Pour signifier son mépris on peut aussi parler de bâche. J’ai eu droit à cette remarque quand je pratiquais sur des toiles libres non apprêtées qui absorbaient bien afin de faire des monotypes.

Avoir quelques toiles tendues sur châssis chez vous fait de vous un artiste en devenir la tradition de la peinture a fait le premier pas vers vous, à vous de faire le second. Les prix ont baissé, elles sont produites en orient, c’est à la portée de tous, comme de s’acheter une tenue de sport. On fait imprimer des posters sur toile en espérant les magnifier. Je ne me reconnais pas dans tout cela.

On ne dira pas d’une œuvre sur papier qu’elle est un papier, on dira un dessin, une gouache, une gravure. Le support on l’oublie. Reste la trace de l’artiste, son intention, sans référence appuyée au monde de l’art.

En pratique la conservation du papier nécessite des précautions. Évidemment il faut employer des papiers de qualité, sans acide...Bien encadré il est parfaitement protégé.
Un sous-verre implique des reflets. Les verres minéraux antireflet « musée » restent chers mais pour les petits et moyens format c’est abordable et la netteté est aussi améliorée, les verres ordinaires altèrent la netteté et le rendu des couleurs.
On peut aussi maroufler le papier, souvent sur toile, et le vernir, cela dispense de l’encadrer.

Évidemment si vous voulez faire des très grands formats, si vous procédez par empâtement un support rigide est nécessaire, si vous le souhaitez léger une toile tendue sur châssis est pratique.

J’ai beaucoup expérimenté sur papier de 1970 à 2005 et j’y suis revenu en 2017 après avoir abandonné un grand atelier pollué par les vapeurs de solvants, de térébenthine et encombré par les toiles invendues.

Je travaille de façon plus modeste, dans un atelier plus petit, le côté pratique du papier a déterminé mon choix : il est facile à stocker, sait se faire discret : se range dans des cartons à dessin.

Dans ma pratique artistique je recherche la légèreté, la simplicité à défaut de la pureté. Je ne suis pas attiré par un support hybride, compliqué, en tension, volumineux.

Le coté immatériel du papier me va bien. Je vis de manière plus légère dans mon atelier et j’espère que cela se voit dans mes œuvres.

8 janvier 2022 Jean-Marie Torque